À Noël, on a tous mangé dehors,
Enfin, vous êtes au courant puisque vous étiez là.
Quand on m’a demandé ce que j’ai fait ce week-end là (puisque j’ai pris une journée, à mon travail, on se pose des questions !) je réponds négligemment que j’ai fêté Noël au bord de la piscine dans le midi… Air étonné, dubitatif et vaguement inquiet ou envieux : "Ah bon ?". L’idée de Manu de se retrouver pour un moment un peu plus long que quelques heures, était une excellente idée.
Qui, j’ai l’impression, a été appréciée de toutes et de tous. À renouveler donc. Reste à se mettre sur les modalités pratiques, mais c’est un autre sujet. Y’a du Doodle dans l’air !
Cela nous a fait apprécier le charme et l’agrément d’une résidence secondaire dans le Luberon, ce qui n’est pas rien.
Pour ma part, c’est la formule idéale : un membre de la famille se dévoue pour acquérir le foncier, s’occupe de tout, les travaux, les frais, l’entretien, les ennuis, bref assume à fond les inconvénients de la chose. Et les autres, enfin moi en tous cas, qui l’aime beaucoup ;=)) (c’est normal, c’est la famille !) on vient faire vivre le lieu. C’est vrai : quand il n’y a personne, c’est tout de même un peu moins gai (mais moins fatigant, certes). Voilà une saine répartition des tâches. Au passage on fait semblant d’aider pour pas avoir l’air de n’être que des parasites : une petite tranchée le long de la terrasse, qu’on laisse éventrée (ben on n’a pas eu le temps de finir, faudrait qu’on reste plus longtemps…).
Et voilà une fête de famille plutôt sympa.
Notons que la barre est placée assez haut : tout le monde n’a pas une (superbe) résidence secondaire avec piscine dans le Luberon, mais bon !
L’inconvénient de ces familles assez nombreuses, c’est que ça fait du monde, c’est incontournable. Et il est donc difficile de voir tout le monde "à fond", surtout quand on est comme moi plus timide qu’on ne peut le croire vu de dehors.
J’ai parfois soit l’impression de déranger en me mêlant à une conversation déjà entamée, ou l’impression de demander pour la nième fois "Et alors, toi, qu’est-ce que tu deviens ?". La spontanéité perd de sa fraîcheur à la 4ème fois !
Je ne suis pas certain, en plus, que ce que je peux raconter intéresse vraiment la personne qui, le plus poliment du monde, m’interpelle. Bref, je ne suis pas toujours à l’aise, sauf en faisant le bouffon de service, qui permet d’avoir une contenance, et entretient soigneusement une certaine distance (avantage ET inconvénient de la chose : chacun se démerde comme il peut…).
Il y a bien sûr dans les "nouvelles", toute une partie purement factuelle qui peut facilement être partagée collectivement, et puis un côté plus personnel laissé à la discrétion de chacun, mais qui est aussi ce qui fait la richesse des échanges et nourrit les relations (c’est pas mal tourné, ça, non ?).
L’idée d’utiliser le blog pour partager les nouvelles les plus factuelles, mais un peu plus, éventuellement chacun selon son humeur, ses passions, ou des choses plus personnelles, qui pourraient être l’occasion d’autres échanges lors d’autres rencontres.

Quand il y a un buffet dans une soirée, et que personne n’ose aller se servir en premier, je suis volontiers volontaire pour attaquer, tant qu’il y a encore de tout, pour choisir le meilleur, et avant la foule !
Ben là c’est pareil, je vais commencer et me jeter à l’eau. C’est bien normal, puisque promoteur de cette idée.
Voilà.
Pour les éléments biographiques, je fais court et vais directement à ma vie professionnelle.
Au passage, les candidats actuels à ce bien beau métier (je le pense en vrai) sont légion et doivent se battre durement pour y avoir accès. Dieu soit loué, ce n’était pas le cas "à mon époque" sinon, je ferais autre chose…
Pour la petite histoire, alors que Pierre avait été accepté en prépa à Stan, mon dossier a été refusé. Un tantinet vexé, j’ai botté en touche et cherché des études longues, histoire de gagner du temps. Bien m’en a pris, puisque, si c’était à refaire je choisirais maintenant cette voie avec enthousiasme, mais ne serais sans doute pas assez bon, ce qui serait dommage pour moi, mais aussi pour la profession, ceci dit en toute modestie ;=)).
Après des études assez laborieuses, je dois l’avouer (j’ai passé quelques étés, scotché dans une chambre au 2ème étage à Étables, pour réviser et passer les UV que j’avais ratées pendant l’année).
Nous sommes arrivés en 1981 à Pithiviers, Sophie, qui faisait bouillir la marmite, ayant trouvé un travail à Augerville la Rivière, pendant que je terminais laborieusement ma thèse .
J’avais juré de ne jamais m’installer à la campagne (comme ma maman de ne pas épouser un homme poilu !) et ai atterri à Boynes, petit village du Loiret, 1000 habitants, une usine de poulet (en perdition…) et une autre de crics de voiture.
Nous nous sommes d’abord installé en 82 dans une petite maison mitoyenne du cabinet médical, avec un confrère qui voulait changer d’orientation, et est parti en 86. Un nouvel associé a remplacé ce confrère et nous sommes, depuis, toujours associés.
Nous avons acheté une maison à Pithiviers, charmante bourgade de 10 000 âmes, perdue entre deux tas de betteraves, au fin fond du Gâtinais, célèbre par ses gâteaux et feu son pâté d’alouette (50-50 : une alouette et un cheval disaient les mauvaises langues). J’ai appris en visitant le musée du safran à Boynes (qui en fut une capitale quasi mondiale, si, si) l’origine de l’expression "un miroir aux alouettes".
J’exerce l’honorable profession de généraliste (officiellement spécialiste en médecine générale, ce qui est plus conforme à la réalité, la médecine générale étant une vraie spécialité, et d’importance puisque c’est le premier recours, l’accès au système de santé).
C’est donc une profession libérale qui assure une mission de service public. Ce qui entraîne "structurellement" quelques problèmes de fonctionnement difficiles à résoudre.
Mais je ne m’étendrai pas ici sur cet aspect de la chose qui risquerait de nous emmener loin de notre propos.
L’exercice s’est considérablement modifié depuis mon installation il y a plus de 30 ans ! Un bail !
Pour assurer la PDS (Permanence des soins) nous étions "de garde" une nuit sur deux et le week-end à tour de rôle avec quelques collègues proches, ce qui n’était pas le côté le plus attrayant de la profession.
Et maintenant, le répondeur est branché de 19 h à 8 h du matin pendant la semaine.
Une Maison de Garde (dont je suis le président, sans doute parce que j’habite en face de l’hôpital et que les autres ont été plus rapides à dire qu’ils "ne pouvaient absolument pas") accueille à l’hôpital le médecin généraliste de garde pour tout le secteur nord du Loiret (environ 60000 habitants). Ce qui fait que chacun est de garde 2 week-end par an, et encore, pas la nuit. Eu égard aux tarifs pratiqués, aux conditions d’exercice, les remplaçants font la queue pour repartir le lundi matin avec, en poche, ce que d’autres gagnent en un mois.
J’ai très longtemps gardé le mercredi libre, "pour les enfants", même quand il n’y a plus eu d’enfants justifiant ce jour de repos. Je me suis habitué à avoir 2 week-end par semaine. Enfin, un mid-week et un week-end.
J’ai toujours eu une activité inférieure à la moyenne des confrères. 3 rendez-vous par heure (au lieu de 4 habituellement), un abord qui peut être "réfrigérant", une capacité à être désagréable sans grande difficulté, me donnent l’immense avantage de pouvoir dire "non" plus facilement que d’autres.
Moyennant quoi, j’ai toujours eu un rythme relativement cool, bien que faisant malgré tout beaucoup d’heures. Et les patients de la campagne sont finalement bien plus agréable qu’en ville, je pense : pas ou peu de consumérisme, des patients qui me connaissent et que je connais depuis maintenant longtemps, fidèles pour la plupart, rendent l’exercice très agréable : le matin, je suis content d’aller travailler : c’est pas beau ça ?
Et puis mon caractère obsessionnel trouve son plein emploi dans l’obligation de tenir le dossier médical des patients au top, l’informatique un terrain d’élection et de délectation pour moi.
Et puis c’est un métier en perpétuelle évolution, ce qui est vrai un jour, peut être totalement remis en question d’un jour à l’autre : on apprend à être bien modeste (quoique parfois…) en tout cas à relativiser beaucoup de choses. Et cette position si particulière du médecin donne parfois à voir et à entendre ce qu’on ne voit ni entend nulle par ailleurs que dans le secret de la consultation. Cela donne à penser et à réfléchir sur beaucoup de choses et élargit l’horizon.
Et puis, l’âge venant, les enfants envolés, les circonstances m’ont amené à postuler comme médecin coordonnateur en EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes). J’ai casé 4 demi-journées (adieu le mid-week ;=((, et 2 matinées). Maintenant, je comprends mieux ceux qui me disent "Je n’ai pas eu le temps…".
La gériatrie, finalement, c’est bien intéressant : c’est à peu près exactement le contraire de ce qu’on a appris à la fac. La réflexion est permanente sur le rapport bénéfice-risque, et l’adage "primum non nocere" prend toute sa valeur. Un exemple simple : l’hospitalisation qui est habituellement considérée comme permettant de résoudre un problème de santé un peu difficile ou compliqué, et le plus souvent c’est vrai, devient pour une personne âgée une option à très haut risque. L’horizon du moyen terme (la durée moyenne de séjour est de quelques années) change tout. Et puis le travail au sein d’une équipe soignante, dans une "petite structure" (Il y a quand même 192 résidents !) en tous cas à taille humaine : tout le monde se connaît, ou presque.
Pas forcément simple, au moins au début. Le médecin-co n’a pas de lien hiérarchique avec quiconque. Il n’est le chef de personne. Durant la formation de médecin coordonnateur, il nous a été dit : "Votre autorité, vous la tiendrez de votre compétence !". Bon, eh bien yapluka !
Finalement, bien qu’un peu "surbooké" et à quelques encablures de la retraite, ce métier, un des plus vieux du monde, garde pour moi toute sa fraîcheur et son intérêt. Je me sens (enfin ?) presque prêt à essayer de faire ce beau métier presque convenablement. Il serait temps, mais il n’est jamais trop tard. Et puis, recevant des étudiants en médecine en stage très régulièrement depuis plus de dix ans, ça vous garde les méninges réveillées !
Puisse chacune et chacun d’entre vous trouver autant de plaisir et d’intérêt à son travail.
Je me sens particulièrement privilégié à beaucoup de points de vue. Pourvou que ça doure !
Et voilà. À qui le tour ?