CÉRÉMONIE DU 28 DÉCEMBRE

Le mot d’accueil de Pierre

Petite Maman,
Nous avons souvent parlé de votre messe d’enterrement, avec un maître mot : « Je souhaite que les prières révèlent la joie qui est en moi. Je veux que ce soit joyeux ». Bon, c’est simple, ça va être facile.
Cette messe attendue comme aucune autre, c’est aujourd’hui, enfin ! Vous êtes ici au milieu de ceux qui sont dans cette église, que je remercie de tout cœur, au nom de toute la famille, de leur présence chaleureuse et si précieuse, et de ceux qui nous entourent de leur affection, de leurs pensées et de leurs prières.
Ici et en même temps déjà là-bas ou là-haut, et je devine votre sourire ravi d’essayer ce nouveau don d’ubiquité, avec ceux qui sont dans le souvenir et dans le cœur de chacun, avec tous ceux-là dont le nom n’est pas dit, la liste en est un peu trop longue et je crains d’en oublier.
Quand vous dites que cette messe doit être joyeuse, je crois que vous pensez à ce que vous imaginiez à l’époque ce que c’est pour vous à cet instant, pendant cette messe. Vous vous imaginiez au bord de la mer, retrouvant ceux que vous aimez et qui vous aiment et que vous n’avez pas vus depuis longtemps, aux premiers rangs desquels sont bien sûr Papa et Marc, mais pas seulement.
Pour le bord de la mer, c’est peut-être parce que vous aimez marcher pieds nus dans le sable et ce n’est pas difficile de vous imaginer, complètement décoiffée, mais heureuse et souriante, sur la plage d’Étables qui a pris un air de plage brésilienne un jour de l’an, où tout le monde est habillé de blanc.
Simplement heureuse d’être vivante, ce qui n’est pas une formule sous votre plume, quand on a lu ce texte que vous avez intitulé Gethsémani. Ceux qui n’auront pas assez pleuré pendant la messe pourront lire ce texte à tête reposée. Rien que pour savoir où on met le h dans Gethsémani.
Vous avez eu un jour l’idée d’enregistrer un petit mot qu’on pourrait passer au début de la messe et qui dirait par exemple « Bonjour ». L’idée n’était pas mauvaise mais pas vraiment bonne non plus. Je vous voyais mal faire des essais d’enregistrement de bonjour sur tous les tons en pensant à cette messe.
Je vous ai dit que je pourrais le dire à votre place, parce que j’avais bien l’intention de dire un petit mot et que ça serait bien, mais que c’était dommage que vous ne puissiez pas en profiter. Et vous m’avez répondu avec force : Qui te dit que je n’entendrai pas ?
Vous avez un faible pour la parabole du fils retrouvé (plutôt que fils prodigue) Luc 15,11-32 et vous dites que le mot pardon n’existe que dans la pensée du fils. Le père attend et court au-devant de son fils pour se jeter à son cou. Elle se termine par « parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé ».
Je ne peux pas écarter cette image du Père vous voyant arriver lundi dernier, avec un pas encore mal assuré, et se jetant à votre cou. Bou diou, la catastrophe ! (Tout le monde par terre !) Mais quel fou-rire !
Je crains un peu et j’attends, par les moyens que vous saurez trouver, vos commentaires sur la lecture de quelques extraits de Genèse 2,3, qui va être faite par quatre de vos petits-enfants, comme une pièce de théâtre, dont les dialogues pris au premier degré ne manquent pas d’un certain humour.
Si vous n’avez pas enregistré de message, vous en avez écrit un que je lis : « Un immense merci pour l’amour de Dieu qui ne m’a jamais lâché la main et qui m’a montré tant d’amour par Gérard, mes fils et les valeurs ajoutées, chacun à sa manière et mes petits-enfants dont je suis si fière. »
Petite maman,
Vous êtes maintenant vivante d’une nouvelle vie et joyeuse pour l’éternité.
Merci pour votre joie.

Pierre


TÉMOIGNAGES

Madeleine Cohen (et son fils)

Edith mon amie
Tu as désiré de la joie pour accompagner ton envol vers notre père à tous. Nous vivons la réalisation de ton désir le plus cher, retrouver Gérard ton époux bien aimé.
J’évoquerai donc les moments de bonheur que nous avons vécus ensemble, les joies intenses que nous avons partagées.
Notre première rencontre chez moi à Maisons-Laffitte il y a de cela plus de vingt ans. Tu étais venue chez moi avec Gérard, Françoise Vandermerch de « mémoire bénie » et plusieurs voisins. Nous avions étudié l’opportunité de créer « l’Amitié judéo-chrétienne de Maisons-Laffitte ». Je rappelais les statuts de « l’Amitié judéo-chrétienne de France » dont j’étais à l’époque Secrétaire Général : …. « L’AJCF a pour tâche essentielle de faire en sorte qu’entre Judaïsme et Christianisme la connaissance, la compréhension, le respect et l’amitié se substituent aux malentendus séculaires et aux traditions d’hostilité. Elle œuvre pour que soit éradiqué l’antijudaïsme ancestral ; mais aussi pour que Juifs et Chrétiens aident par une présence civique et spirituelle la société moderne à s’orienter …. Elle veut en particulier par un dialogue fraternel et par une coopération amicale travailler à réparer les iniquités dont les Juifs et le judaïsme sont victimes. Elle combat l’antisémitisme, le racisme et toute haine des autres cultures et religions ….. »
Avec enthousiasme et espérance l’AJC de Maisons-Laffitte était créée, le comité directeur composé de volontaires avec représentation de toutes les tendances : Juifs orthodoxes, libéraux, conservatifs ; Chrétiens catholiques, protestants, anglicans, orthodoxes.
Les réunions étaient joyeuses ; elles se tenaient tantôt chez toi, tantôt chez moi. Toi et Gérard en étiez les acteurs principaux.
Toi Edith tu respirais l’amour : amour de ton mari, de tes enfants et petits-enfants, de tes amis proches ou lointains. C’était un bonheur de nous retrouver pour étudier ensemble la bible en hébreu, tu voulais y retrouver les racines de ta Foi, tu y mettais tout ton cœur. Quelle joie lorsque tu y découvrais des paroles de Jésus ou d’un apôtre. Nous riions ensemble heureuses de notre travail.
Tu étais passionnée par l’histoire de la Création (Genèse 1et 2).
Tu aimais beaucoup les psaumes. Parfois notre ami le regretté père Gérard de Broglie se joignait à nous. Nous avions étudié avec lui le psaume 1O4 :
« Bénis mon âme Eternel mon D. »et nous avions cité cette étude dans l’hommage que nous avions rédigé ensemble pour ses obsèques.
Lorsque nous étions dans l’embarras nous récitions le psaume 121 : « je lève les yeux vers les hauteurs d’où vient mon aide ; mon aide vient de l’Eternel mon D… » et nous reprenions notre étude, sœurs dans la Foi de l’Eternel.
Te souviens-tu de nos soirées de fêtes que tu passais avec ma famille chez moi à Maisons-Laffitte, ces soirées de Pessah où tu participais à la lecture de la « Haggadah » (L’histoire de la sortie de l’esclavage d’Egypte). Nous lisions les versets à tour de rôle. Quand ton tour arrivait, tu lisais fièrement le verset en hébreu, le traduisais et le commentais. Nous étions ravis de t’écouter.
Même lors de ton séjour aux Hespérides, Gérard t’amenait, et Yvonne, ma si bonne et généreuse amie qui participait à ces soirées, te ramenait. J’allais souvent vous voir et discuter avec vous.
Lorsque tu es allée chez les Augustines c’est elle aussi qui m’amenait te voir.
J’ai choisi de lire pour toi en hébreu ce jour le psaume 24. Tu en es tout à fait digne, toi la femme « aux mains innocentes et au cœur pur ». Tu n’as jamais juré ni trompé, tu as consacré ta vie à aimer, à aider, à partager. Ta bonté se reflétait dans ton visage tu étais si belle mon amie parfaite.
verset
original hébreu
traduction française de Louis Segond
1
לְדָוִד, מִזְמוֹר :לַיהוָה, הָאָרֶץ וּמְלוֹאָהּ ; תֵּבֵל, וְיֹשְׁבֵי בָהּ
[Psaume de David.] À l’Éternel la terre et ce qu’elle renferme, le monde et ceux qui l’habitent !
2
כִּי-הוּא, עַל-יַמִּים יְסָדָהּ ; וְעַל-נְהָרוֹת, יְכוֹנְנֶהָ
Car il l’a fondée sur les mers, et affermie sur les fleuves.
3
מִי-יַעֲלֶה בְהַר-יְהוָה ; וּמִי-יָקוּם, בִּמְקוֹם קָדְשׁוֹ
Qui pourra monter à la montagne de l’Éternel ? Qui s’élèvera jusqu’à son lieu saint ?
4
נְקִי כַפַּיִם, וּבַר-לֵבָב :אֲשֶׁר לֹא-נָשָׂא לַשָּׁוְא נַפְשִׁי ; וְלֹא נִשְׁבַּע לְמִרְמָה
Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur ; celui qui ne livre pas son âme au mensonge, et qui ne jure pas pour tromper.
5
יִשָּׂא בְרָכָה, מֵאֵת יְהוָה ; וּצְדָקָה, מֵאֱלֹהֵי יִשְׁעוֹ
Il obtiendra la bénédiction de l’Éternel, la miséricorde du Dieu de son salut.
6
זֶה, דּוֹר דֹּרְשָׁו ; מְבַקְשֵׁי פָנֶיךָ יַעֲקֹב סֶלָה
Voilà le partage de la génération qui l’invoque, de ceux qui cherchent ta face, de Jacob ! [Pause]
7
שְׂאוּ שְׁעָרִים, רָאשֵׁיכֶם, וְהִנָּשְׂאוּ, פִּתְחֵי עוֹלָם ;וְיָבוֹא, מֶלֶךְ הַכָּבוֹד
Portes, élevez vos linteaux ; élevez-vous, portes éternelles ! Que le roi de gloire fasse son entrée !
8
מִי זֶה, מֶלֶךְ הַכָּבוֹד :יְהוָה, עִזּוּז וְגִבּוֹר ; יְהוָה, גִּבּוֹר מִלְחָמָה
Qui est ce roi de gloire ? L’Éternel fort et puissant, l’Éternel puissant dans les combats.
9
שְׂאוּ שְׁעָרִים, רָאשֵׁיכֶם, וּשְׂאוּ, פִּתְחֵי עוֹלָם ;וְיָבֹא, מֶלֶךְ הַכָּבוֹד
Portes, élevez vos linteaux ; élevez-les, portes éternelles ! Que le roi de gloire fasse son entrée !
10
מִי הוּא זֶה, מֶלֶךְ הַכָּבוֹד :יְהוָה צְבָאוֹת— הוּא מֶלֶךְ הַכָּבוֹד סֶלָה
Qui donc est ce roi de gloire ? L’Éternel des armées : Voilà le roi de gloire ! [Pause]

Mon amie, tu as reçu la bénédiction de l’Eternel.
Repose en paix mon amie : ta famille et tes amis sont heureux de vos retrouvailles.
Les portes sont ouvertes, Gérard t’attend, ton âme arrive jusqu’à lui.
Oui mon amie ton rêve est exaucé. Tu as retrouvé ton époux bien aimé, Il t’accueille avec son regard si tendre et plein d’humour : « Tu avais bien dit à mes obsèques : « … nous nous retrouverons car " l’amour est plus fort que la mort ". Tu vois la mort ne nous a pas séparés, elle nous a réunis pour l’éternité ! Quel bonheur …. »
Je peux maintenant te quitter sereinement, je te laisse dans les bras de Gérard.

A D. mon amie bien aimée

Madeleine Cohen


P.S. : ci-joint un témoignage de mon fils Elie qui m’a accompagné
A la famille d’Edith Guillemont
"Evenou chalom alekhem", nous vous annonçons la paix... Ouverture magnifique pour évoquer votre maman. Chalom : paix, et aussi complétude, plénitude. C’est ainsi que vous et ma mère avez décrit Edith, la plénitude par débordement de joie surabondante.
Le peu que j’ai connu d’Edith a laissé dans ma mémoire des fleurs dont le parfum se renouvelle tout seul.
 Chez mes parents, un soir de fête, la première fois que j’ai rencontré Edith et Gérard, il régnait entre eux une communion exceptionnelle, qui débordait en joie sur tout le monde.
J’ai revu Edith une deuxième fois à un concert de guitare donné par mon frère Bernard. Elle complimenta avec classe son interprétation de la Chaconne de Bach. Les harmonies surnaturelles de Bach ont-elles besoin de mots ? Pour ma part, cette grâce d’Edith a enrichi sa musique pour toujours.
Avant de rejoindre d’autres chers disparus dans le mystère de l’au-delà, Edith et Gérard Guillemont ont semé partout des graines de joie.
J’en ai profité, et je les en remercie.
Elie Cohen.


Marion, Juliette (et Aurélie, par la pensée)

Nous souhaitons évoquer un souvenir de Grand-Mère que nous sommes sûrement nombreux à partager.
Grand-Mère aimait beaucoup nous raconter des histoires (et nous aussi, nous aimions beaucoup qu’elle nous en raconte). Je dis bien raconter et non lire car Grand-Mère ne lisait pas le texte des livres : elle l’enrichissait de mille détails qui rendaient chaque histoire unique, même si le livre était déjà passé de nombreuses fois entre ses mains. Et surtout, elle mettait le ton. Celui qui n’a jamais entendu Grand-Mère raconter une histoire ne connaît pas la véritable signification de « mettre le ton ».
Parmi les livres les plus souvent racontés, il y a bien sûr ceux de Babar. Vous avez peut-être en tête l’illustration qui figure en couverture intérieure : on y voit une ribambelle d’éléphants qui parcourent la page de haut en bas. Grand-Mère avait inventé une comptine qu’on chantait avant ou après chaque livre de Babar, en pointant chaque éléphant de la ribambelle l’un après l’autre pour marquer les temps. Cette comptine n’est pas dans le livret de messe mais on s’est dit que ça ferait sûrement sourire Grand-Mère de l’entendre aujourd’hui, et aussi de savoir que la nouvelle génération, celle des arrière-petits-enfants, connaît aussi cette comptine car certains d’entre nous la chantons à nos enfants…
« Nous sommes les éléphants
Gros, gris mais pas méchants
Nous marchons deux par deux
En nous tenant la queue
Beuh ! »

Juliette, Aurélie (par la pensée) et Marion


Simon

L’ARBRE

Il y a un arbre.
Il y a une histoire. De famille.
Un arbre qui relie une famille, un arbre, que vous avez étudié en détails avec Grand-père.
Au sein de cet arbre, chaque branche, chaque feuille, chaque personne y trouve une place.
Particulière.
Teintée de l’histoire de ceux qui nous ont précédés, et de celle que l’on construit ensemble.
Côte à côte.
Bon gré ou mal gré.

Vient ensuite se rajouter l’histoire propre à chacun, selon la direction que nous choisissons au cours de notre vie, selon notre propre indépendance. Soleil, pluie, vent, froid, les saisons ont leur secret pour ajouter leur lot d’histoire et de relations.
Teintant chaque branche, chaque feuille, de manière particulière.
Bon gré ou mal gré.

Mais cela n’est que l’histoire ; cela n’est que le parfum de l’air du temps.
Que fait chaque feuille de cette histoire ? Quel est le secret de ces arbres à la floraison intense et parfumée ?

Il y a un arbre.
Et en son cœur circule la sève. Sève unique qui unit en profondeur.
A chaque instant.
Hors du temps ; hors de l’histoire.
Cette sève que tu as tant étudiée, partagée. Selon ta foi.
Cette sève qui remet tout en perspective, qui guérit toute blessure apposée par l’histoire ; cette sève où tu cherchais à enraciner ton âme.

Un proverbe dit que le plus long voyage que l’on ait à effectuer au cours de notre vie est celui de notre tête à notre cœur.
J’ai aujourd’hui beaucoup de gratitude pour cet arbre qui m’a accueilli, pour cet tehistoire qui me compose.
Bon gré ou mal gré.
Car comment fleurir, comment contacter cette sève sinon au sein d’un arbre ? Et la question de ce qu’aurait pu être l’histoire apparait alors être un des facteurs déterminant la floraison.
Un facteur parmi d’autre ; et non le seul.
Nous avons échangé Grand-mère sur cette phrase de la Bible qui invite à croitre et se multiplier. Je crois me souvenir que nous étions tous les 2 d’accord, pour en avoir fait à certains moments l’expérience, que cette croissance en profondeur s’accompagne de fleurs légères et parfumées ; qui se multiplient ensuite dans la vie.

À mes compagnons d’arbre, bon gré mal gré, je nous souhaite des rencontres enivrées du parfum de la profondeur de nos âmes, où l’histoire qui nous construit serait simplement le terreau nécessaire à notre floraison.

À toi grand-mère, que cette cérémonie vient doter de la légèreté qu’il convient pour ce voyage qui commence, je te souhaite un bon vol. Puisses tes ailes te porter aujourd’hui, de bon gré, vers cette source de paix que tu désirais tant.
Merci pour tout.

Simon


Véronique LACROZE

Bien chère Tante Edith,
Il y a quelques heures, je me suis assise sur l’escalier de pierres au Chevain, toute émue de sentir votre présence, légère, joyeuse, évanescente.
Mais par où commencer, l’histoire qui nous lie se perd dans la nuit des temps : le siècle d’avant le siècle dernier, ce n’est pas peu dire !
Pour moi qui suis juste un peu moins vieille que ça, j’ai d’abord le souvenir d’une belle amitié entre 2 cousins germains, votre père André Dumont et mon grand-père Max Froc de Geninville, 2 vieux messieurs, à mes yeux de petite fille, fort dignes, se tenant droits dans la vie mais qui laissaient paraitre ensemble une grande complicité bien malicieuse.
Coup de chance leurs femmes s’entendirent à merveille et vous avez pu continuer sur la lancée cette jolie proximité avec Monette, votre cousine quasi jumelle, ma mère.
Les murs du Chevain, où vous passiez régulièrement des vacances, résonnent encore de vos rires, des jeux incroyables nés de vos imaginations débordantes de petites filles puis de jeunes filles qui y ajoutèrent de longues discussions philosophiques et sans doute d’autres plus intimes.

Grâce à votre bienveillante affection, c’est chez vous, avenue Bosquet, qu’eut lieu la réception du mariage de mes parents en 1945, juste avant la fin de la guerre.
Là encore, vos 2 maris surent d’emblée trouver le ton adéquat pour continuer et alimenter cette belle histoire ; mais avaient-ils vraiment le choix ? C’est un autre sujet !!!
Et sont arrivés les enfants, 5 garçons chez vous, impressionnant mais merveilleux pour les 2 filles de chez nous
Et le Chevain retentit à nouveau des rires et des jeux de la génération montante !
Je dois avouer que la rigueur impérative de votre famille néanmoins empreinte d’un je ne sais quoi de joyeux bazar m’a toujours fascinée .
Mais ce sont surtout les vacances bretonnes qui remplissent ma mémoire. Si les enfants étaient heureux comme des rois durant ces mois de juillet, vous n’étiez pas en reste, vous les parents, durant les soirées déguisées, les sketches et chansons (par exemple les imitations des Frères Jacques de ces messieurs par ailleurs fort sérieux) les concours sur la plage et autres crevettes party, les énormes tablées à la crêperie, les petits verres de vin cuit dans les cabines de la plage, "pour se réchauffer après les bains de mer" disiez-vous

Puis est venu le dernier été passé ensemble au Portugal ! Et quelques mois plus tard, toujours avec votre sens évident de savoir être présente quand il faut, c’est vous qui m’avez recueillie, consolée, lorsqu’un méchant coup du sort s’était abattu sur ma famille.

Et depuis vous n’avez eu de cesse d’être là, toujours attentive, prévenante et présente dans toutes les étapes de notre vie, celle de votre Monette et la mienne .
Je crois que vous êtes la seule personne au monde qui ait lu avec autant d’attention mon mémoire de maitrise de psycho sur "les masques" et qui ait souhaité en discuter de multiples fois, un exemple parmi tant d’autres !
Un peu plus tard, avec quelle joie j’ai vu que vous appréciez Francis en cherchant, comme toujours, tout simplement à le connaitre, à vous intéresser à notre vie puis à nos filles, en nous intégrant naturellement à vos évènements familiaux.
Tous ces moments forts, partagés depuis si longtemps laissent un ancrage inaltérable, essentiel et tellement joyeux,

Merci, chère, bien chère Tante Édith de m’avoir démontré que la nourriture de l’esprit, la préoccupation des autres font bon ménage avec l’humour tant qu’on reste dans le Vrai, l’Essentiel .

J’ai très envie et ne peux faire autrement que de continuer à nourrir cette longue histoire trans-générationnelle avec mes cousins pour que ça continue encore et encore.

Véronique


François

AU REVOIR MAMAN, ET MERCi !

Enfin !
Enfin ! C’est à la fois la fin d’un long calvaire, une délivrance,
Mais enfin ! c’est aussi le début d’une espérance, d’une grande joie pour vous : vous avez retrouvé papa, bien sûr, et Marc et tous ceux que vous avez aimé et qui nous ont quittés.

Maman,
Vous étiez gourmande de symboles et vous nous en faites une belle démonstration :
Vous êtes née au solstice d’été, quelques jours après la Saint-Jean.
Vous aimiez à rappeler les feux de la Saint-Jean pour fêter la lumière.
Il s’agit de Saint-Jean Baptiste,
Et vous êtes partie la veille du solstice d’hiver, où le jour est le plus court, mais commence à rallonger, quelques jours avant la fête de l’autre Saint-Jean, l’apôtre.

Et puis vous partez aussi au moment où une naissance est annoncée très prochainement chez nous.
C’est le cycle de la vie…

J’évoquerais simplement quelques souvenirs d’enfance, qui restent gravés au fond de ma mémoire :
Les beignets de fleur d’accacias, parfumé à la fleur d’oranger, le goût de l’enfance.
Les contes et légendes, allongés dans l’herbe nous faisaient voyager dans le temps et l’espace, dans un autre monde peuplé de dieux, d’êtres mi-homme mi-animaux, à qui arrivaient les histoires les plus invraisemblabes.
Et après on retournait tranquillement à l’école, à pied, en respirant au passage sur le pont la fumée des trains à vapeur.
À Étables, les maillots de bain en laine, tricotés main, qui ont dû contribuer à mon amour mesuré des plaisirs de la plage.
Et plus tard, pour moi, quelques années de colocation avant l’heure avec mes parents pendant mes études, ponctuées de grandes conversations au fin fond de la cuisine du 16bis.

Un trait de caractère ? Un optimisme à toute épreuve, au moins tant que vous pouviez marcher.

Au retour du voyage au Maroc, avec la famille au grand complet, pour vos 50 ans de mariage, vous aviez dit, de retour à,l’aéroport, en contemplant toute votre famille autour de vous : "Maintenant je peux partir, j’ai accompli ma mission" ou quelque chose approchant.
Et c’est vrai que vous nous avez légué quelque chose de précieux, qui nous semble naturel : une famille où chacun est respecté pour ce qu’il est, et qui ne cesse de s’enrichir, au gré des amours de petits-enfants et des naissances.

Au revoir maman, et merci…

François


Olivier

Ne pouvant être présent pour cause de vacances lointaines, j’ai demandé à
Claire ou Raf de porter mon témoignage.
Parmi tous les souvenirs que je garde précieusement de notre relation (les
vacances à Maisons-Laffitte qui ont permis de tisser des liens forts avec
Grand-Père, Grand-Mère et les cousins, les Noël, les incontournables parties
de crapette et des expositions 4L), il en est un tout particulier : les
moments que nous avons partagés aux Hespérides pendant quelques mois où nous
avions pris l’habitude de passer des soirées autour d’un repas Picard, à
explorer quelques passages de la Genèse que tu aimes tant, et où tu as pu me
faire partager et entrevoir la richesse que tu as découverte dans ces textes
pour les avoir longuement parcourus.

Olivier


AUTRES TÉMOIGNAGES REÇUS

Patrick Debeugny

J’ai été très touché que Pierre m’appelle mardi pour m’informer du décès de "tante" Edith.
Je te réponds un peu rapidement, "coincé" entre une arrivée cette nuit de Bretagne où nous avons fêté Noël et un départ en avion ce matin pour Oslo avec ma "petite" famille.

Bien sûr la nouvelle est triste, mais quand je repense à elle, c’est d’abord son sourire et son visage "éclairé" qui me viennent à l’esprit. Je ne l’avais pas vue depuis plusieurs années, mais au-delà des bons moments, et ils sont nombreux, c’est surtout à la personne et à ce qu’elle était, sa nature, à laquelle je pense. Souvent en marchant dans les bois le Dimanche matin, à l’heure où d’autres vont à la messe, j’ai pensé à elle et ce simple fait me redonnait la "pêche" et l’envie d’améliorer ma relation aux autres. Cela durera bien après sa mort.

Les mots qui me viennent spontanément à l’esprit son honnêteté dans tous les sens du terme, intelligence, réflexion, recherche quelle soit spirituelle ou autre, et surtout cette formidable attention aux autres, débordante d’amour. Enfin cette motivation à transcrire sa foi dans le réel, moi qui ait souvent reproché aux catholiques de ne s’arrêter qu’à l’écoute du beau sermon. Bien sûr certains moments restent plus en mémoire que d’autres : quand on allait dans le jardin de Maisons-Laffitte, fermant les yeux pendant qu’elle nous racontait une histoire. Les images féeriques défilaient, me faisant découvrir un monde que je n’avais vu jusqu’alors aussi coloré.

Et puis nos "mercredis soirs" avenue Bosquet, lors de nos retrouvailles tous ensemble pour le cross. On aurait dit qu’elle était encore plus joyeuse que nous lors de ces moments de bonheur.

Voilà. Je ne pourrai aller à l’enterrement, mais j’aurai une pensée pour vous tous au même moment. Maman sera présente, amenée par mon frère Jean-François. Je crois qu’avec la forte amitié qu’elle avait pour Édith, elle représentera bien la famille.

Patrick Debeugny