L’installation est maintenant rodée : je sonne avant d’entrer, j’allume le plafonnier en passant, je dépose ma parka sur le lit, une bise sur chaque joue et je sors la table de bridge en échangeant les dernières nouvelles.

Maman n’allait pas trop mal, dorlotée par Jean-Marie, toujours aux petits soins. Cette semaine, on passe directement de la Genèse au Nouveau Testament et plus précisément à l’évangile selon Saint Luc.

Maman m’a dit pourquoi la transition de la Genèse au Nouveau Testament est moins brutale qu’il n’y paraît, mais je n’ai pas retrouvé le verset, une fois de retour dans mes pénates.

Après tout, selon Matthieu "cela fait quatorze générations d’Abraham à David, quatorze générations de David jusqu’à l’exil à Babylone et quatorze générations depuis l’exil à Babylone jusqu’au Christ." Face à l’éternité, c’est juste quelques jours plus tard.

Ce qui est plus important, dans le verset que je n’ai pas retrouvé, c’est que depuis ce premier épisode, le peuple juif attend le messie, l’envoyé de Dieu, en un mot Jésus (Le Sauveur). L’Ancien Testament n’est pas autre chose que l’histoire du peuple juif qui attend cela, avec sa kyrielle de prophètes. Et là où c’est fort, c’est que chaque femme juive est susceptible d’être celle qui portera ce Jésus.

D’une certaine façon, ce qui arrive à Marie ne vient pas comme un cheveu sur la soupe, c’est tout simplement ce que chaque femme juive espère secrètement, depuis trois fois quatorze générations. On peut comprendre que la stérilité soit mal vécue : c’est la certitude de ne pas être celle par qui viendra la délivrance du peuple juif.

Donc l’évangile de Luc commence par l’annonce de la naissance de Jean, suivie six mois plus tard de l’annonce à Marie.

Lors de la cérémonie annuelle au cours de laquelle le Grand Prêtre, Zacharie, va seul (et une seule fois dans sa vie) dans le Saints des Saints (avec une clochette accrochée à une corde nouée à un pied au cas où...) pour prononcer le nom de Dieu, et par là Le rendre présent, Zacharie, courageux mais quand même, voit l’ange Gabriel, à droite de l’autel qui lui dit : "N’aie pas peur Zacharie, voici que ta prière a été exaucée ; ta femme Élisabeth va te donner un fils que tu appelleras Jean."

Zacharie, qui était quand même bien placé pour savoir que sa femme Élisabeth était stérile, dit à l’ange : « Comment puis-je croire cela ? Je suis un vieillard, ma femme est très âgée ! » Et là, parce qu’il n’a pas cru, l’ange Gabriel lui dit : « tu ne pourras plus dire un mot jusqu’au jour où tout s’accomplira. »

Ouf ! Sévère, je trouve. Pas grave, puisqu’il en a pour seulement neuf mois, mais quand même.

Six mois après, l’ange Gabriel va voir Marie, cousine d’Élisabeth, et lui dit : « Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » Marie était toute troublée mais l’ange lui dit : « Ne crains pas, Marie ! Tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Tu vas être enceinte et tu mettras au monde un fils que tu appelleras du nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut, et c’est à lui que le Seigneur Dieu donnera le trône de David son père. Il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

Marie dit à l’ange : « Comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations avec un homme ? » Mais l’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. Sache que ta cousine Élisabeth a conçu elle aussi un fils dans sa vieillesse ; elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait "la stérile". Car rien n’est impossible à Dieu ! »

Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’arrive selon ta parole ! » Et l’ange se retira d’auprès d’elle.

C’est pratiquement le texte intégral, parce que je le trouve vraiment très beau. C’est donc Marie que Dieu a choisie pour porter Jésus.

Juste une observation sur la différence que je perçois mal entre la réaction de Zacharie et celle de Marie que je trouve très proches, voire parfaitement comparables. Et la différence de traitement. A croire que les femmes ont les faveurs de Dieu, ce qui finalement ne me surprendrait pas tant que ça.

Là-dessus, je ne peux pas m’empêcher de conseiller la lecture du livre Marie de Marek Halter (qui n’a pas plu à Maman) qui rend humaine et crédible cette histoire dont le seul secret est de croire. C’est bien le problème.