Lecture estivale
Par Manu, mardi 13 juillet 2010 à 16:06 :: Manu ::#556
"La Vie" est un journal qui sait relever des inititiatives ou des morceaux de vie réconfortantes.... Cette semaine est particulièrement réjouissante avec cet article sur Jean-Baptiste GODIN, dont le nom est bien sûr connu pour les poêles du même nom... Mais à la lecture de l’article ci-dessous, mon petit doigt me dit que ce n’est plus seulement de ses poêles dont vous allez vous souvenir !
En tout cas, nous, la prochaine fois qu’on ira dans le Nord, c’est sûr, on fera un détour et on ira visiter ça !
Né en 1817, ce fils d’un serrurier modeste de la Thiérache, en Picardie, n’a jamais été en reste d’une innovation. À 30 ans, il a créé à Guise sa fabrique d’appareils de chauffage en fonte, les fameux poêles Godin. Des ateliers sortaient aussi des cuisinières et toutes choses aussi pratiques que des chaufferettes et des gaufriers. Sa plus belle initiative, pourtant, n’est pas cette usine, mais le gros château qu’il a fait ériger de l’autre côté des boucles de l’Oise. Pas pour sa propre gloire, ni pour son usage personnel. L’homme a employé sa fortune à loger ses chaudronniers et ses mouleurs, aussi bien que les contremaîtres, les ingénieurs et lui·même. Baptisée Familistère, sa communauté a fonctionné en autogestion jusqu’en 1968. et, aujourd ’hui, l’œuvre bâtie rappelle que l’utopie était possible
Alors qu’il faisait son tour de France de jeune serrurier, Godin avait été effaré par la misère des ouvriers. Il était persuadé que le progrès social des masses est subordonné au progrès des dispositions sociales de l’architecture. Son Familistère devait fournir un toit à quelque 1 500 personnes, dans les meilleures conditions de confort et d’hygiène.
Aujourd’hui, à parcourir les vastes cours intérieures et les coursives qui mènent aux appartements, on comprend combien le Palais est un prodige de ia technologiecomme l’affirme Frédéric Panni, le conservateur des lieux. Les verrières des cours diffusent une lumière abondante. Il existe un système de ventilation naturelle, et l’eau courante dessert depuis toujours tous les étages. Pas dans les appartements, afin d’éviter une humidité malsaine, mais sur les paliers. Le Familistère a eu aussi les premiers vide-ordures du continent européen, ajoute Frédéric Panni. Depuis le début des années 2000, un grand programme de travaux remet progressivement en état les différentes ailes du monument historique. L’une restera à vocation d’habitation, une autre pourrait accueillir un jour un hôtel. Quant au pavillon central, il abrite depuis quelques mois des salles d’exposition où sont habilement décortiqués les lieux et leurs usages. Ce musée dans le musée explique en quoi le Palais social diffère des cités ouvrières imaginées ailleurs par des patrons bienveillants, mais décidés à garder la haute main sur leur personnel. Soucieux d’équité, Godin a fait de chaque occupant un propriétaire, de même qu’il s’est efforcé de lui fournir les équivalents de la richesse : la santé, le savoir...
Dans les annexes des pavillons d’habitation, on trouve donc l’école, gratuite, laïque et obligatoire, et le théàtre. La jolie salle à l’italienne est en cours de restauration. On peut, en revanche, visiter la buanderie- piscine, qui laisse découvrir le bassin où les familistériens venaient apprendre à nager, et ce, à tout âge, puisqu’un astucieux plancher en caillebotis permettait d’adapter la profondeur à la taille des nageurs. Architecte de sa cité idéale, Jean-Bapliste-André Godin avait tout prévu : les économats pour faire ses emplettes sont devenus un restaurant buvette, la pouponnière, elle, n’existe plus... L’industriel était allé jusqu’à penser la taille des bancs de l’école et les matelas en son des berceaux, renouvelables pour plus de propreté. Les battants des lourdes portes, enfin, ne se joignent pas, de sorte qu’aucun enfant ne pouvait s’y coincer les doigts. Un souci du détail poussé à l’extrême
Apprenti serrurier puis compagnon du Tour de France, Jean-Baptiste Godin prend très tôt conscience du caractère aliénant de la condition ouvrière grâce à des rencontres et des lectures.
Dès 1837, il a l’idée de remplacer la tôle par la fonte dans la fabrication de poêles et fourneaux, ce qui lui vaut un succès immédiat. Son entreprise devenant florissante, il y applique ses idées fouriéristes et lance la construction du Familistère Guise, cité ouvrière organisée autour d’un Palais Social.
Socialiste utopique, la politique sociale qu’il mène est en avance sur l’époque : caisse d’assurance contre la maladie, caisse de secours aux invalides du travail, aux veuves et aux orphelins, caisse des pensions, secours aux travailleurs dont le salaire était insuffisant pour subvenir aux besoins de leur famille, caisse de pharmacie assurant la gratuité des visites médicales et des médicaments prescrits, participation des salariés aux bénéfices.
Carnet pratique
Après plusieurs décennies d’oubli et de dégradations, l’imposante cité située au nord de la petite commune de l’Aisne est devenu un grand musée où tout un chacun peut constater qu’elle n’avait pas usurpé son surnom de Palais social. Sa noblesse est austère, et les pavillons qui encadrent la cour d’honneur, un peu trapus. Le Familistère n’en est pas moins un Versailles de briques rouges. Au temps de sa construction, à partir de 1858, il offrait un luxe inédit.
Le Familistère de Guise est ouvert de 10 h à 18 h tous les jours, en juillet et en août (de septembre à juin : fermeture le lundi). Pour y accéder en venant de Paris (186 km), en voiture : prendre l’A1, puis 1’A29 jusqu’à Saint-Quentin. Ensuite la N29 jusqu’à Guise. En train : départ de la gare du Nord, jusqu’à Saint-Quentin (1 h 15), puis bus ou taxi jusqu’à Guise (21 km). Tél : 03 23 61 3536. www.familistere.com










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