Pépite #24
Par Veronique, jeudi 24 décembre 2015 à 11:02 :: Véronique ::#649

Tiennou-les-poches-percées
C’était il y’a longtemps,très longtemps
On l’appelait « Tiennou-les-poches-percées ». Tiennou, parce qu’il était le fils de Tiennou, le meilleur meunier de toutes les Alpilles. « Les poches percées » parce qu’il ne savait rien garder pour lui. À peine avait-il dans sa poche une belle bille ronde, un gâteau ou même un sou neuf et brillant, c’était plus fort que lui, il trouvait tout de suite quelqu’un d’ autre qui en avait besoin. Et il repartait les poches vides, en dansant sur un sentier poudreux et en chantant à en rendre jalouses toutes les cigales.
Ses parents, qui étaient gens raisonnables, avaient beau dire et beau faire, ils n’y pouvaient rien.
Le nez au vent, il aimait flâner dans la montagne, humer tous les parfums de la garrigue, mais surtout regarder les étoiles. Ses amis, les bergers, lui avaient appris leurs noms, pas celui des savants, mais ceuxi d’ici : « la belle Maguelonne », celle qui s’allume la première, le « chemin de Saint Jacques », la « poussinière » et tant d’autres encore.
Aussi, ce soir de Noël, tandis que tout le village se taisait tristement, privé qu’il serait de la messe de minuit par la mort subite de son curé, était-il sorti se consoler avec ses amies les étoiles.
Et il rêvait, tellement absorbé qu’il n’entendit pas s’égrener les douze coups de minuit. Soudain, il se frotta les yeux, ce qu’il voyait était impossible. Une étoile descendrait-elle ainsi, tranquillement, lentement, pour se poser sur le toit du vieux Baptistin. D’un bond,i l se leva et courut vers elle pour en avoir le cœur net.
Une lumière étrange, à la fois très douce et très forte, éclairait l’intérieur du cabanon. Était-ce celle de l’étoile ou celle qui rayonnait de l’enfant nouveau-né qu’il voyait là, couché sur la paille entre ses parents : une toute jeune femme et un grand barbu qui le regardaient, émerveillés. L’enfant éternua. Alors Tiennou arracha bien vite de ses épaules peau de mouton qui servait de veste à son père, et qu’il lui avait empruntée avant de sortir (la sienne, il l’avait donnée la veille au dernier fils du charbonnier, qu’il avait croisé grelottant de froid et à moitié nu). Tendrement il enveloppa l’enfant, qui lui sourit et le regarda. Et Tiennou sut bien alors que la lumière était celle de ce sourire d’enfant. Il les reconnut tous les trois, c’était Jésus, la Bonne Mère et Joseph son mari.
Fou de joie, il sortit en courant annoncer la nouvelle au village. Et l’étoile de le suivre en dansant, et lui de crier à pleine voix : « venez vite dans le cabanon du Baptistin, il y a la crèche pour de vrai, et l’enfant Jésus qui brille, venez vite ». Et la lumière de l’étoile de se faufiler par les fentes des volets pour réveiller les dormeurs.
Edith, pour ses petits enfants.
Ce conte est la plus belle pépite que nous donne Édith, qui réchauffe le cœur de chacun
Nous la retrouvons dans ce gout de l écriture et de transmettre le meilleur d’elle même. Derrière son comportement des derniers jours, étaient présents ses dons immenses.
Merci Édith pour ce présent, on vous retrouve telle qu’en vous-même.











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